Implantation percutanée de valve aortique : la prouesse sénégalaise qui change la cardiologie régionale

L’Hôpital Principal de Dakar a franchi une étape majeure en cardiologie interventionnelle en réalisant, le 8 décembre, pour la première fois en Afrique de l’Ouest, des implantations percutanées de valve aortique. Ce geste médical de pointe, connu sous le sigle TAVI, permet de remplacer une valve aortique gravement rétrécie sans ouvrir la cage thoracique. Longtemps considérée comme inaccessible dans la sous-région, cette intervention n’était jusqu’ici pratiquée que dans quelques pays du continent, essentiellement au Maghreb et en Afrique du Sud.

Lundi 8 décembre, deux patients – une femme de 82 ans et un homme de 70 ans, tous deux souffrant d’un rétrécissement aortique évolué – ont bénéficié de cette technique innovante. Une prothèse biologique de 22 mm, insérée dans un stent, a été introduite par une artère de l’aine sous anesthésie locale et guidée jusqu’au cœur par imagerie de précision. Grâce à ce protocole moins invasif, le thorax n’a pas été ouvert, et les risques opératoires ont été nettement réduits, notamment chez des profils considérés fragiles en raison de l’âge ou de maladies associées.

Dans un contexte où le rétrécissement aortique sévère touche près de 5 % des personnes de plus de 60 ans, la maîtrise du TAVI au Sénégal représente une avancée capitale, tant sur le plan médical que stratégique. À l’Hôpital Principal, dix autres patients figurent déjà sur une liste d’attente pour une intervention programmée en janvier prochain. Le coût du geste reste toutefois élevé, autour de 10 millions de francs CFA, en raison des équipements spécifiques, de la valve importée et des dispositifs d’imagerie nécessaires.

Une avancée médicale majeure au Sénégal

Selon des sources hospitalières, l’intervention du 8 décembre 2025 marque la première implantation percutanée de valve aortique réalisée intégralement par des spécialistes sénégalais. L’opération a été dirigée par le lieutenant-colonel Mouhamed Chérif Mboup, chef du service de cardiologie, dont l’équipe a bénéficié au préalable de formations spécialisées et de partenariats scientifiques internationaux. L’intervention n’a duré qu’une heure, une performance qui témoigne de la qualité de la préparation et de la montée en compétence progressive des équipes de cardiologie structurelle.

Introduite en Europe au début des années 2000, la technique TAVI est aujourd’hui reconnue comme un standard dans les pays disposant de centres de cardiologie interventionnelle avancée. Elle permet de réduire la durée d’hospitalisation, d’accélérer la récupération et de diminuer les risques liés à la chirurgie classique. Jusqu’à présent, les patients sénégalais nécessitant ce geste devaient être évacués à l’étranger, entraînant des coûts très élevés pour les familles ou pour l’État.

Le médecin-colonel Mboup a plaidé pour un renforcement du soutien financier et logistique des autorités, rappelant que certaines valves peuvent atteindre 13 millions de francs CFA selon les modèles et les fournisseurs. Le cardiologue Cheikh Tidiane Ndaw a souligné que cette technique représente « une alternative essentielle » pour des patients qui, sans cela, n’auraient aucune solution chirurgicale adaptée à leur état général.

Au-delà de sa dimension technique, cette première intervention symbolise l’évolution du système de santé sénégalais. Elle reflète la consolidation de l’expertise locale, la réduction progressive des évacuations sanitaires, et la volonté de positionner Dakar comme un pôle médical régional capable de rivaliser avec les centres hospitaliers les plus avancés du continent. Les autorités espèrent désormais structurer une filière de cardiologie interventionnelle complète, incluant la formation d’infirmiers spécialisés, le renforcement des plateaux techniques et l’amélioration de la prise en charge des maladies cardiovasculaires, longtemps sous-diagnostiquées en Afrique de l’Ouest.

Sud Quotidien

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