Le Front pour la Défense de la République (FDR) dresse un tableau sombre de la situation nationale et appelle à une coordination des forces politiques et sociales face à ce qu’il qualifie de « dérives » du gouvernement. Dans un communiqué rendu public, la coalition d’opposition estime que le Sénégal traverse « une zone de turbulences » qui menace désormais « les fondements mêmes de sa stabilité ».
Au cœur des préoccupations du FDR figure la dégradation des finances publiques. Le Front évoque une crise « alarmante », illustrée par des défauts de paiement récurrents affectant des secteurs jugés vitaux, notamment l’éducation, les universités et le transport aérien. Une situation qui, selon lui, révèle une incapacité de l’État à honorer ses engagements les plus élémentaires.
La campagne de commercialisation arachidière, pilier de l’économie rurale, cristallise également les critiques. Le FDR parle d’un « échec patent » et d’un « aveu d’impuissance » du gouvernement. Il met en cause les annonces du Premier ministre, jugées « démagogiques et irréalistes », face aux contraintes budgétaires. Selon le Front, l’objectif de trituration de 450 000 tonnes d’arachide par la SONACOS serait hors de portée, tant sur le plan industriel que financier. Les besoins de financement sont estimés à plus de 210 milliards de francs CFA, alors même que l’entreprise n’aurait collecté que 155 000 tonnes l’an dernier, pour une valeur inférieure à 52 milliards de francs CFA, sans parvenir à les transformer intégralement.
Dans ce contexte, le FDR exprime sa solidarité avec « les millions d’agriculteurs » contraints, selon lui, de brader leur production pour faire face aux besoins de leurs familles. La coalition dénonce une « irresponsabilité cynique » du gouvernement et s’inquiète de l’aggravation de la précarité en milieu rural.
Sur le plan politique et institutionnel, le ton se durcit davantage. Le FDR fustige l’attitude du Premier ministre, qu’il accuse d’avoir publiquement rejeté la responsabilité de la crise sur ses ministres, y voyant une violation du principe constitutionnel de solidarité gouvernementale. Il critique également la posture de confrontation affichée à l’égard du Fonds monétaire international et des partenaires internationaux, estimant qu’elle relèverait davantage d’une stratégie de communication que d’une recherche de solutions à la crise d’insolvabilité.
Le contraste entre les difficultés économiques et le train de vie des dirigeants est aussi pointé du doigt. L’acquisition récente de véhicules de luxe pour les députés, par des mécanismes jugés « opaques », est qualifiée d’« insulte » aux ménages sénégalais confrontés à la cherté de la vie.
Le communiqué évoque enfin un « affaissement moral de l’État », illustré par le maintien en fonction du Premier ministre malgré un conflit d’intérêts présumé, ainsi que par les tensions et invectives au sein même de la majorité parlementaire. Les annonces de réformes constitutionnelles, entourées d’opacité, suscitent également la méfiance du Front, qui réclame la publication des textes et une transparence totale.
Face à ce qu’il considère comme une situation d’urgence nationale, le FDR lance un appel à l’unité des forces politiques, syndicales et associatives opposées au gouvernement. L’objectif affiché est de bâtir un « bloc puissant » capable de freiner ce qu’il décrit comme l’incompétence et les injustices actuelles. Des rencontres avec les partis et personnalités de l’opposition sont annoncées dans les prochains jours en vue de mettre en place un cadre unique de concertation et d’action.
Sur le plan interne, le FDR a par ailleurs procédé à un changement de coordination. Après avoir salué le travail de Samba Sy, secrétaire général du PIT et coordonnateur sortant, la Conférence des leaders a désigné Oumar Sarr, président du PLD/And Suqali, comme nouveau coordonnateur. La coalition annonce enfin un renforcement de ses actions de terrain pour aller à la rencontre des populations « durement affectées par la politique du régime PASTEF ».

