Affaire Mame Mbaye Niang – Ousmane Sonko : les avocats dénoncent une « manipulation de la justice »

Les avocats de Mame Mbaye Niang ont tenu, ce mardi, une conférence de presse pour dénoncer ce qu’ils qualifient de « grave dérive judiciaire » à la suite de l’initiative de révision du procès ayant opposé leur client à Ousmane Sonko. Face à la presse, Me Oumar Youm, membre du collectif de défense, a livré une longue plaidoirie rappelant le parcours judiciaire du dossier et contestant vigoureusement la légalité de la procédure engagée.

D’emblée, Me Oumar Youm a rappelé un principe fondamental du droit : « La chose jugée est tenue comme étant la seule et unique vérité ». Selon lui, le litige entre Mame Mbaye Niang et Ousmane Sonko a été définitivement tranché par la justice sénégalaise à l’issue d’un long processus juridictionnel.

Il est revenu sur les différentes étapes de la procédure : un jugement rendu le 30 mars 2023, réputé contradictoire, suivi d’un appel formé à la fois par Ousmane Sonko, le parquet et Mbaye Ndiaye. Ces recours ont été joints et examinés par la Cour d’appel de Dakar qui, par un arrêt du 8 mai 2023, a confirmé la condamnation d’Ousmane Sonko pour diffamation.
« Les faits ont été jugés à deux reprises, d’abord par le tribunal correctionnel de Dakar, ensuite par la Cour d’appel », a-t-il insisté.

Le pourvoi en cassation introduit par Ousmane Sonko a ensuite été rejeté par la Cour suprême le 4 janvier 2024, avant qu’une procédure de rabat d’arrêt, jugée le 1er juillet 2025, ne connaisse le même sort. Pour Me Youm, à ce stade, « la vérité judiciaire était déjà dite ».

Une procédure de révision jugée « exceptionnelle et suspecte »

Selon l’avocat, la situation a basculé lorsque Ousmane Sonko, devenu Premier ministre, aurait usé de sa position pour obtenir l’ouverture d’une procédure de révision, qualifiée de « très rare, pour ne pas dire inédite » dans l’histoire judiciaire du Sénégal.
Il accuse directement l’exécutif d’avoir instrumentalisé l’administration judiciaire à des fins personnelles :
« Ce qui a changé, ce ne sont ni les lois, ni les faits, mais les positions et les ambitions », a-t-il martelé.

Me Youm a notamment dénoncé la mise en place d’une commission administrative chargée de donner un avis préalable à la révision, composée majoritairement de directeurs centraux nommés et placés sous l’autorité du ministre de la Justice. Un avis qu’il juge « non motivé » et politiquement orienté.

Un « pré-rapport » au cœur de la controverse

Au centre de la procédure de révision figure un pré-rapport administratif datant de 2018, établi par un inspecteur aujourd’hui décédé. Pour Me Oumar Youm, ce document ne peut en aucun cas justifier une réouverture du procès.
« Un pré-rapport est une première opinion, sous réserve de réponses ultérieures. Ce document n’a jamais été validé entre 2018 et 2023 », a-t-il rappelé.

Il s’interroge : « Comment un ministre récemment nommé peut-il valider, six ans après, un document qui n’a jamais été consacré, sinon en lui donnant une portée factice ? ». Il parle même de « faux et usage de faux », estimant que ce document aurait été fabriqué ou instrumentalisé pour « tromper la vigilance de la Cour suprême ».

Atteinte à la sécurité juridique

Me Youm a également insisté sur les conditions strictes exigées par la loi pour une procédure de révision, rappelant qu’elle doit se fonder sur une pièce inconnue, et non sur une pièce inexistante ou nouvellement fabriquée.
« Il n’y a pas de pièce inconnue, il y a une pièce fabriquée pour les besoins de la cause », a-t-il déclaré.

Il a enfin alerté sur les conséquences institutionnelles d’une telle démarche :
« Ce qui se passe est grave. Cela met en danger la stabilité juridique, la sécurité juridique, érigée en principe constitutionnel par le Conseil constitutionnel ».

Un appel aux magistrats

En conclusion, l’avocat a lancé un appel solennel aux magistrats sénégalais, les exhortant à ne pas céder à des pressions politiques :
« La justice, dernier rempart, ne doit pas accepter de se faire manipuler pour servir une cause personnelle ».

Tout en espérant un retrait pur et simple de la requête en révision, Me Oumar Youm a averti que, dans le cas contraire, celle-ci pourrait être rejetée avec fermeté par la Cour suprême, afin de préserver l’honneur et la cohérence de l’institution judiciaire.

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