Succession de frondes sans alternative au PS : Quarante ans d’héritage menacés

Après quarante ans de domination sur la scène politique sénégalaise, le Parti socialiste semble aujourd’hui prisonnier de ses divisions. Entre frondes internes et luttes d’influence, l’héritage de Senghor et Diouf vacille, laissant planer un sombre avenir sur cette formation historique.

Le poète-président Léopold Sédar Senghor, père fondateur du Parti socialiste doit sans doute se retourner dans sa tombe en contemplant, depuis l’au-delà, l’état de déliquescence dans lequel se trouve aujourd’hui le Parti socialiste (PS).

Après avoir régné sans partage sur l’État du Sénégal, cette formation politique historique semble désormais condamnée à disparaître de la scène politique nationale. Et pour cause. Depuis le fameux congrès sans débat de 1996, qui permit au président Abdou Diouf d’imposer feu Ousmane Tanor Dieng à la tête du Parti socialiste au terme d’une procédure controversée, l’ancien parti au pouvoir semble s’enfoncer dans une lente mais inexorable descente aux enfers, rythmée par des frondes internes stériles, incapables d’offrir la moindre alternative crédible à ce qui s’apparente aujourd’hui à une mort clinique du PS.

La dernière en date, est celle initiée par un groupe de 46 responsables de diverses structures du Parti socialiste à travers la publication, le 1er février 2026 dernier, d’un manifeste dénommé « Dundal Ps ». Dans ce document, ce nouveau groupe de frondeurs conduit par des ténors comme Alioune Ndoye et Serigne Mbaye Thiam, dit se « battre » pour préserver l’héritage politique, de Senghor à Diouf, en s’inscrivant dans la « lignée de l’engagement total d’Ousmane Tanor Dieng, dont le dévouement au Parti fut constant jusqu’à son dernier souffle ». Exigeant la tenue d’un congrès de renouvellement, ces nouveaux frondeurs ont par ailleurs dénoncé « l’effondrement électoral » en citant le passage à un seul député lors des Législatives de novembre 2024 qu’ils ont décrit comme le symbole d’un recul sans précédent et l’invisibilité médiatique. 

Pourtant, loin de constituer un fait inédit, cette fronde ravive surtout de sérieuses interrogations sur l’ampleur des divisions au sein du parti, opposant notamment l’ancien ministre sous le régime du président Macky Sall, Serigne Mbaye Thiam, et certains de ses camarades socialistes. En effet, ce dernier et son ancien collègue Alioune Ndoye faisaient l’objet, durant les douze ans de compagnonnage avec l’APR, d’accusations de « privilégier leurs intérêts personnels au détriment de l’intérêt général du parti » par la plupart des mouvements de contestation enregistrés au sein de l’ancien parti, qui a dirigé le Sénégal pendant quarante ans. Parmi ces mouvements, on peut citer le Front pour la vérité et la justice (2019), l’Action pour la défense des intérêts des socialistes (ADIS, 2022) et l’Initiative de Réflexion et d’Actions/Socialiste (IRAS).

Aujourd’hui, avec cette nouvelle fronde, l’avenir du Parti socialiste apparaît plus incertain que jamais. Entre nostalgie d’un passé glorieux et luttes intestines, ce qui fut le bastion politique du Sénégal risque de devenir un souvenir politique, témoignant de l’érosion inexorable d’un héritage historique.

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