Lors de la séance de questions d’actualité tenue ce mardi 24 février à l’Assemblée nationale, l’ancienne ministre et députée Aïssata Tall Sall a interpellé le Premier ministre Ousmane Sonko sur ce qu’elle a qualifié de « double tension » qui traverse actuellement le pays : la situation du monde rural et la crise universitaire.
Arachide : des engagements contestés
S’adressant directement au chef du gouvernement, Aïssata Tall Sall est revenue sur les engagements pris récemment lors d’une tournée dans la région de Kaolack.
« En tournée dans la région de Kaolack, vous avez fait un engagement ferme et solennel. Vous avez alors dit à la communauté paysanne que vous alliez faire acheter 450 000 tonnes par semaine », a-t-elle rappelé.
Or, selon les chiffres avancés par la parlementaire, le gouvernement n’aurait collecté que 120 000 tonnes à ce jour, bien en deçà des 250 000 tonnes habituellement absorbées par la Sonacos, et très loin des 450 000 tonnes annoncées.
Elle a ainsi évoqué les 324 000 tonnes qui resteraient encore entre les mains des producteurs, à quelques mois d’un changement institutionnel attendu. « Que vont-ils faire avec ces 324 000 tonnes ? », a-t-elle lancé, estimant que les explications fournies par le ministre du Commerce ne suffisent pas à dissiper les inquiétudes.
Universités : une crise qui a viré au drame
La seconde tension soulevée concerne la situation dans les universités. Selon la députée, la crise trouve son origine dans les retards de paiement des bourses estudiantines, à l’image, dit-elle, des lenteurs constatées dans le versement des bourses de sécurité familiale.
La tension est montée d’un cran avec l’intervention des forces de l’ordre sur les campus, intervention qui s’est soldée par la mort tragique du jeune étudiant Abou Laïbar. « Si c’était pour empêcher que le restaurant et la bibliothèque brûlent, finalement on s’en est sorti avec un mort », a-t-elle déploré, présentant ses condoléances à la famille du défunt et dénonçant une violence qu’elle qualifie d’inouïe, y compris dans les chambres universitaires.
Tout en reconnaissant que le gouvernement avait agi « en prévention », elle a estimé que « le mal a été plus grand que le risque que l’on voulait éviter ».
Appel au dialogue et à des mesures concrètes
Au-delà de la polémique sur la nature des paiements — rappels ou nouvelles bourses — Aïssata Tall Sall a appelé à renouer le dialogue avec la communauté estudiantine afin de permettre une reprise rapide des cours.
« Il faut que les étudiants reprennent les cours et nous vous engageons à le faire », a-t-elle insisté.
La parlementaire a également exhorté le gouvernement à annoncer des mesures claires et complètes pour répondre aux attentes des citoyens, qu’il s’agisse des étudiants, des bénéficiaires de bourses familiales, mais aussi d’autres secteurs en tension.
En concluant son intervention, elle a élargi le débat au climat général du pays, évoquant non seulement la situation des étudiants, mais aussi les inquiétudes exprimées par d’autres corps sociaux, appelant l’exécutif à apporter des réponses structurelles face aux défis actuels.

