Dans un climat de tensions inédites entre le Sénégal et Confédération africaine de football, la ministre sénégalaise de la Justice, Garde des Sceaux, Yassine Fall, est sortie de son silence. Dans une interview exclusive accordée à BBC News Afrique, elle conteste fermement la décision de l’instance continentale de retirer au Sénégal son titre au profit du Maroc, évoquant une « violation des règles » et annonçant un recours juridique.
D’emblée, la ministre n’a pas mâché ses mots. Elle qualifie la décision de la CAF de « choquante », estimant qu’elle remet en cause l’intégrité même du jeu : « Le monde entier est en train de regarder le football africain. Revenir sur un score validé sur le terrain est quand même choquant. »
Selon elle, le match incriminé a été « repris, supervisé et validé » conformément aux règles, avec des sanctions déjà prononcées après coup. Dès lors, revenir sur ces décisions reviendrait à fragiliser tout l’édifice réglementaire du football africain.
Face à ce qu’elle considère comme une « décision grave et disproportionnée », Yassine Fall annonce que le Sénégal entend porter l’affaire devant les juridictions compétentes. « Tout ce que le Sénégal a comme éléments de preuve sera présenté à la Cour. »
Elle insiste sur les bases juridiques solides du recours, tout en pointant une interprétation contestable des textes par la CAF. Pour Dakar, il ne s’agit pas seulement d’un différend sportif, mais bien d’une question de droit et de gouvernance.
L’un des points les plus sensibles de cette affaire reste les soupçons de corruption évoqués par les autorités sénégalaises. Sans entrer dans les détails, la ministre appelle à une enquête indépendante : « Il va falloir qu’on ait une enquête indépendante, transparente, qui pourra situer les responsabilités. »
Elle insiste sur la nécessité d’un processus clair ayant conduit à cette décision, estimant que la CAF doit rendre des comptes sur sa procédure interne.
Au-delà du cas du Sénégal, Yassine Fall élargit le débat à l’avenir du football africain : « C’est le football africain et sa crédibilité qui sont en jeu. »
Pour elle, cette crise doit être saisie comme une opportunité de réforme. Elle appelle à un sursaut collectif : « La transparence est un “must”. C’est une opportunité pour que le football africain puisse se regarder dans le miroir et voir ce qui ne va pas. »
Alors que le Sénégal campe sur ses positions, cette affaire pourrait faire jurisprudence et redéfinir les standards de gouvernance au sein de la CAF. En attendant, le recours annoncé par Dakar promet d’ouvrir une bataille juridique et institutionnelle dont l’issue pourrait marquer durablement l’histoire du football africain.

