Violences liées au Kankourang : Un appel à la réforme des pratiques culturelles

Au Sénégal, les apparitions du Kankourang, figure emblématique de la culture mandingue, sont souvent entachées par des épisodes de violence qui inquiètent de plus en plus la société civile. Alors que cette entité traditionnelle, reconnue par l’UNESCO depuis 2005 comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité, est censée incarner la protection, l’initiation et le respect des valeurs, elle est aujourd’hui au cœur d’une polémique croissante autour des excès violents qui accompagnent certaines de ses manifestations.

Seydi Gassama, directeur exécutif d’Amnesty International Sénégal, a récemment lancé un appel solennel aux notables de la communauté mandingue : repenser le Kankourang pour en préserver la richesse symbolique tout en éliminant les violences qui lui sont associées.

« Il ne s’agit pas de remettre en cause son existence. Il fait partie intégrante de la culture mandingue », affirme Gassama. « Mais il faut bannir la violence. »

Chaque année, notamment en Casamance et à Kaolack, des témoignages de passages à tabac, d’agressions et de menaces perpétrées par les porteurs du masque et leurs accompagnants viennent ternir l’image de cette tradition. Dans plusieurs cas, des jeunes et même des étrangers à la communauté ont été victimes de brutalités, souvent en toute impunité.

Un rite qui dérape

À l’origine, le Kankourang protège les initiés lors des rites de passage et veille au respect de l’ordre social. Mais pour Seydi Gassama, cette figure ne peut plus continuer à justifier des actes de violence. Il propose des réformes concrètes :

« Par exemple, les machettes en acier pourraient être symboliquement remplacées par des machettes en plastique. Cela ne changera en rien sa fonction. »

Ce remplacement des armes réelles par des objets symboliques permettrait de désamorcer la peur et les dangers réels que représentent aujourd’hui certaines apparitions du Kankourang dans l’espace public.

Préserver sans blesser

Le débat n’est pas nouveau, mais il est devenu plus urgent dans un contexte où les droits humains, la sécurité publique et la cohésion sociale sont de plus en plus mis à l’épreuve. Il ne s’agit pas, comme le précise Seydi Gassama, de faire table rase d’une tradition ancrée dans l’histoire des peuples mandingues, mais de l’adapter à l’époque actuelle, où nul ne devrait être victime d’agressions sous couvert de pratiques culturelles.

La balle est désormais dans le camp des autorités coutumières et religieuses mandingues, mais aussi des pouvoirs publics, qui devront accompagner cette réflexion sur la modernisation pacifique des traditions, afin de concilier respect culturel et droits fondamentaux.

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