Promotion des langues nationales : Mamadou Amadou Ly, lauréat du prix Yidan 2025 pour l’éducation

Mamadou Amadou Ly, directeur exécutif de l’ONG ARED (Associates in Research and Education for Development), a été désigné lauréat 2025 du prestigieux prix Yidan pour le développement de l’éducation. Une première pour le Sénégal et plus largement pour l’Afrique francophone, cette reconnaissance internationale consacre 35 années d’engagement au service d’une éducation ancrée dans les langues nationales.

Depuis 35 ans, Mamadou Amadou Ly consacre sa carrière à une idée simple mais révolutionnaire. Les enfants apprennent mieux dans une langue qu’ils comprennent. Avec son équipe d’ARED, il a bâti une approche éducative bilingue structurée, centrée sur les langues nationales, à destination des enfants sénégalais, en particulier ceux en difficulté scolaire.

« Nous avons réussi à faire d’une élève en situation d’échec, une première de sa classe », rapporte-t-il, évoquant le cas d’une jeune fille repêchée par le programme Nda wune, une initiative de remédiation ciblant les élèves en grande difficulté.

Ce prix, souvent comparé au « prix Nobel de l’éducation », récompense ainsi des résultats concrets et mesurables. Dans les programmes d’ARED, les élèves issus des classes bilingues surpassent leurs camarades et s’orientent majoritairement vers les filières scientifiques. Le succès ne s’arrête pas aux anecdotes. Les données sont édifiantes.

Mamadou Ly a rappelé également l’ampleur de la crise de l’apprentissage notamment dans les pays à faibles revenus. S’appuyant sur les dernières estimations post-COVID, il révèle que « 64 % des enfants de 10 ans ne comprennent pas un texte simple. » Et l’un des facteurs majeurs selon lui, c’est La barrière linguistique. »

« À l’échelle mondiale, 37 % des enfants n’apprennent pas dans une langue qu’ils comprennent. Au Sénégal, ce chiffre grimpe à 71 %, selon une étude de KICS et AIA », alerte-t-il.

La solution défendue par ARED – enseigner d’abord dans la langue maternelle avant de passer au français – repose sur des approches pédagogiques rigoureuses et validées scientifiquement. Cette stratégie s’ancre dans une réforme éducative de grande ampleur, soutenue par le Ministère de l’Éducation nationale, partenaire clé d’ARED.

Si le siège d’ARED reste à Dakar, son action s’étend désormais au-delà des frontières : la Mauritanie, la Gambie, et même douze pays du Sahel dans le cadre de projets éducatifs pour les communautés pastorales.

L’organisation, forte d’une équipe de seulement 20 personnes, bénéficie du soutien d’un réseau élargi de collaborateurs, partenaires et bénévoles, certains venus de l’étranger à leurs frais pour s’engager aux côtés d’ARED. « Ce prix n’est pas le mien seul. Il appartient à mon équipe, à nos partenaires, au Sénégal, à l’Afrique », insiste Mamadou Ly.

Avec le prix Yidan, ARED dispose désormais d’un levier puissant pour accélérer ses initiatives et étendre son modèle. L’organisation ambitionne d’exploiter les technologies modernes, y compris l’intelligence artificielle, pour aller encore plus loin.

Ce prix vient également réaffirmer la pertinence des innovations locales, capables d’inspirer les politiques éducatives mondiales. « Nous prouvons qu’en Afrique aussi, nous pouvons créer des modèles qui transforment l’éducation », conclut-il.

Un message d’espoir pour tout un continent, porté par l’engagement inlassable d’un homme et d’une équipe convaincus que la réussite scolaire passe d’abord par la compréhension – et donc par la langue.

Créé en 2016 par le philanthrope chinois Charles Chen Yidan, le prix Yidan récompense chaque année des initiatives exceptionnelles en matière d’innovation et de recherche en éducation. Il est considéré comme le plus prestigieux au monde dans ce domaine, équivalent d’un prix Nobel.

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