Exfiltré en urgence de Bissau vers Dakar puis Brazzaville, Umaro Sissoco Embaló continue de peser en coulisses sur la crise politique bissau-guinéenne. Installé dans une résidence mise à disposition par Denis Sassou N’Guesso, l’ancien président, fraîchement déchu, multiplie les interventions qui irritent désormais le premier cercle du pouvoir congolais.
Selon des informations concordantes, Embaló aurait, en amont des troubles, tenté d’influencer le processus électoral grâce à d’importants transferts d’argent. Deux mallettes venues du Venezuela, contenant plusieurs milliards de FCFA, auraient servi à convaincre des officiers acquis à son projet de « confiscation du pouvoir ». Parmi eux, l’actuel homme fort de Bissau, N’Tam Horta. Cette opération clandestine aurait visé à bloquer la proclamation des résultats donnant largement vainqueur le candidat indépendant Fernando Dias da Costa.
Depuis son arrivée à Brazzaville, Embaló chercherait à faire pression sur la Commission électorale nationale. Le président de la CNE, N’Pabi Cabi, refusant de répondre à ses appels répétés, a été menacé par des militaires lui intimant d’annuler le scrutin. Craignant pour sa vie, il conserverait néanmoins l’ensemble des procès-verbaux validant la victoire de Dias da Costa.
La tension reste vive à Bissau : le député de la CEDEAO Marciano Indi a été brièvement séquestré et battu alors qu’il tentait de quitter le pays. À Brazzaville, la présence encombrante d’Embaló crée le malaise. Sa visite programmée à Oyo a été repoussée et plusieurs conseillers de Sassou N’Guesso prennent désormais leurs distances. L’arrivée simultanée de l’ex-président Alpha Condé et de l’homme d’affaires malien Ousmane Yara alimente, enfin, les spéculations sur un axe discret œuvrant en faveur de l’ancien dirigeant bissau-guinéen.

