Invité de l’émission « Point de vue », l’ancien ministre d’État Aly Ngouille Ndiaye est longuement revenu sur le verdict rendu par la justice marocaine à l’encontre de dix-huit supporters sénégalais interpellés en marge de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025, organisée au Maroc. Entre condamnation des violences, analyse du contexte et plaidoyer pour une solution diplomatique, l’ancien patron de l’Intérieur appelle à la désescalade afin de préserver les relations historiques entre Sénégal et le royaume chérifien.
D’emblée, Aly Ngouille Ndiaye a tenu à marquer sa désapprobation face aux débordements survenus à l’issue de la rencontre. Présent au Maroc durant toute la compétition, il affirme avoir assisté, depuis les tribunes, aux six matchs disputés par les Lions. Il évoque « de beaux moments », portés par une mobilisation exceptionnelle des supporters sénégalais, notamment lors de la confrontation face à la République démocratique du Congo. Selon lui, l’ambiance dans les stades avait jusque-là été à la hauteur de l’événement continental, dans un esprit de fraternité et de fête.
L’ancien ministre souligne par ailleurs l’accueil chaleureux et le soutien manifestés par une partie du public marocain tout au long du tournoi. Il reconnaît toutefois que la finale constituait un contexte particulier, marqué par l’enjeu sportif et la ferveur nationale. « Naturellement, on pouvait s’attendre à ce que les Marocains ne soient pas avec nous ce jour-là. Mais je ne pensais pas qu’il pouvait y avoir un tel dérapage », a-t-il confié, évoquant une montée de tension alimentée, selon lui, par la frustration liée à certaines décisions arbitrales contestées.
Les incidents survenus après le coup de sifflet final ont conduit à l’interpellation de dix-huit ressortissants sénégalais. À l’issue de la procédure judiciaire, ceux-ci ont écopé de peines allant de trois mois à un an de prison ferme, assorties d’amendes. Un verdict que juge « très sévère » Aly Ngouille Ndiaye. « Je pense que c’est trop pour les Sénégalais », a-t-il déclaré, rappelant que le procès, initialement annoncé en flagrant délit, avait été reporté à plusieurs reprises avant d’aboutir au jugement rendu le 18 février.
Interrogé sur l’hypothèse d’une « prolongation » de la finale en dehors du terrain, l’ancien ministre estime que la défaite marocaine « ne passe pas jusqu’à présent », tout en appelant à éviter toute surenchère. « Il faut arrêter cette prolongation en dehors du stade. La CAN est terminée, le Sénégal a gagné. Le football doit rester du football », a-t-il martelé, insistant sur la nécessité de dissocier l’émotion sportive des relations entre États.
Sur le plan institutionnel, Aly Ngouille Ndiaye rappelle que les voies de recours demeurent ouvertes, le Sénégal disposant d’un délai de dix jours pour interjeter appel. Mais au-delà de l’option strictement juridique, il insiste sur l’importance d’une action diplomatique soutenue. « Qu’il y ait appel ou non, il faut que la diplomatie commence à jouer son rôle », a-t-il affirmé, appelant à l’activation de tous les canaux disponibles.
Selon lui, les autorités sénégalaises ont déjà manifesté leur volonté d’apaisement à travers des appels au calme et des démarches entreprises en coulisses. Il estime cependant que la situation requiert désormais une implication au plus haut niveau des deux États. Évoquant la solidité des liens unissant Dakar et Rabat, tant sur les plans politique, économique que religieux, il met en garde contre le risque d’un enlisement préjudiciable aux deux nations.
« Il ne faudrait pas que le sport crée une tension durable entre deux pays qui entretiennent des relations extraordinaires », a-t-il souligné. Pour l’ancien ministre d’État, l’objectif doit être clair : préserver l’amitié sénégalo-marocaine et œuvrer au retour rapide des jeunes détenus auprès de leurs familles.
En conclusion, Aly Ngouille Ndiaye appelle à la sagesse et à la responsabilité des dirigeants. Il évoque la possibilité d’un geste d’apaisement venant des plus hautes autorités marocaines, estimant qu’une telle initiative permettrait de refermer cet épisode et de consolider davantage les relations bilatérales. « Le football doit rester le football, tout simplement », a-t-il conclu, plaidant pour que la passion du sport ne l’emporte jamais sur la diplomatie et la fraternité entre peuples.

