Le Sénégal franchit une nouvelle étape dans sa politique agricole avec la mise en place du Chapitre national de l’Observatoire de la CEDEAO sur le Riz (ERO). Cette initiative, portée conjointement par le gouvernement sénégalais et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), vise à renforcer la gouvernance et la compétitivité de la filière rizicole nationale.
Dans un contexte régional marqué par une forte dépendance aux importations, le défi est de taille. En Afrique de l’Ouest, celles-ci ont atteint 3,34 milliards de dollars en 2020, conséquence d’une production locale insuffisante pour répondre à la demande. À ce jour, la production régionale ne couvre qu’environ 61 % des besoins, soulignant l’urgence d’une transformation structurelle du secteur.
Au Sénégal, malgré des avancées notables ces dernières années, la filière rizicole reste confrontée à de multiples contraintes. Parmi elles figurent la prédominance de méthodes de production encore traditionnelles, un accès limité aux intrants de qualité, une mécanisation insuffisante, ainsi que des difficultés liées à l’irrigation, au financement et à la commercialisation. Autant de facteurs qui freinent le développement du riz local et limitent l’impact des investissements réalisés.
Le Chapitre national de l’ERO entend répondre à ces défis en réunissant l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur : pouvoirs publics, secteur privé, organisations de producteurs, chercheurs, société civile et partenaires techniques et financiers. Cette plateforme de concertation ambitionne d’améliorer la gouvernance du secteur, de stimuler le dialogue public-privé, d’orienter les politiques publiques et de renforcer la transparence des marchés.
Sa mise en place a déjà permis plusieurs avancées significatives, notamment la cartographie des parties prenantes, la définition d’une vision commune, l’adoption d’un cadre de gouvernance inclusif, ainsi que l’élaboration d’une feuille de route pour son opérationnalisation.
Cette initiative s’inscrit dans la dynamique régionale impulsée par la CEDEAO, notamment à travers l’Offensive riz lancée en 2014 et ses plans stratégiques successifs, qui visent à atteindre l’autosuffisance en riz en Afrique de l’Ouest.
Lors de la cérémonie, le Secrétaire d’État à l’Encadrement paysan, Dr Alpha Ba, a souligné l’importance stratégique du riz pour le pays. « La consommation du riz s’est généralisée dans toutes les couches de la société, faisant de cette céréale un enjeu de sécurité nationale », a-t-il déclaré, appelant à une approche globale et inclusive pour transformer durablement la filière.
De son côté, Dr Abdoul Karim Sanou, représentant de l’Observatoire de la CEDEAO sur le Riz, a insisté sur la dimension régionale du projet. Selon lui, l’ERO permettra de mieux coordonner les investissements, d’harmoniser les politiques et de faciliter l’accès au financement, tout en renforçant l’intégration des marchés.
À terme, le Chapitre national de l’ERO se veut un outil central pour soutenir la transformation du secteur rizicole sénégalais. En améliorant la transparence, en favorisant l’investissement et en appuyant la prise de décision sur des données fiables, il devrait contribuer à l’émergence d’une filière plus compétitive et durable.

