La proposition de loi n°39/2026 relative à la santé en milieu carcéral a suscité, mercredi à l’Assemblée nationale, une large adhésion de plusieurs députés. Les parlementaires ont notamment salué son « caractère humain », estimant que le texte constitue une avancée dans la protection du droit à la santé et de la dignité des personnes détenues.
Pour la députée Fatou Ba, cette initiative répond à une exigence à la fois « humaine, juridique et sanitaire ». Elle vise, selon elle, à garantir aux détenus un accès à des soins de qualité, sans discrimination. La parlementaire s’est référée aux Règles Nelson Mandela, qui consacrent le principe selon lequel les personnes privées de liberté doivent bénéficier de soins de santé d’un niveau équivalent à ceux disponibles dans la société.
« Notre responsabilité de législateurs est de faire évoluer notre cadre juridique pour mieux assurer la continuité des soins, l’indépendance professionnelle du personnel médical, la coordination des services compétents et le contrôle de la prise en charge sanitaire », a-t-elle souligné.
Fatou Ba a insisté sur le fait que l’accès aux soins ne saurait être considéré comme un privilège accordé aux détenus. « La privation de liberté est une décision de justice. La privation de soin ne peut jamais en être la conséquence », a-t-elle martelé. À ses yeux, la réforme doit contribuer à rendre le système carcéral plus respectueux de la dignité humaine et davantage tourné vers la réinsertion.
Même tonalité chez la députée Fatou Diop Cissé, qui a qualifié le texte de « loi de dignité ». Elle a mis en avant le principe de non-discrimination et appelé à étendre la réflexion aux Sénégalais détenus à l’étranger. « Nous pensons à nos fils, nos frères et sœurs qui sont enfermés ailleurs pas parce qu’ils sont nés criminels mais parce que la vie les a brisés », a-t-elle déclaré.
Elle a ainsi plaidé pour la mise en place d’un protocole sanitaire au ministère des Affaires étrangères afin d’assurer un meilleur suivi des Sénégalais détenus hors du pays. Elle a également demandé l’activation du volet santé de l’assurance « Sutura ».
De son côté, le député Mamadou Sèye a relevé que des pays comme l’Afrique du Sud, le Kenya et le Rwanda ont déjà adopté des dispositifs législatifs visant à préserver la dignité des détenus. Il a surtout dénoncé le recours aux menottes lors des transferts de prisonniers vers les structures sanitaires, une pratique qu’il juge dégradante.
La question du respect du secret médical a également été soulevée par Maïmouna Dieng. La députée a évoqué le cas de détenus transférés à l’hôpital menottés, estimant que de telles situations posent la question du respect de leurs droits fondamentaux.
Pour Ibrahima Mbengue, les conditions de détention, marquées notamment par la promiscuité et l’insuffisance des capacités d’accueil, peuvent favoriser l’apparition et la propagation de maladies. Il a appelé à une meilleure prise en charge des détenus souffrant de troubles mentaux ainsi qu’au renforcement des moyens des agents de santé pénitentiaire.
« Les personnes méritent un meilleur traitement », a-t-il soutenu, estimant que la nouvelle loi devrait permettre aux structures sanitaires implantées dans les prisons de mieux répondre aux besoins des détenus.
La députée Ndack Thiam a, elle aussi, insisté sur la nécessité de renforcer les moyens humains et matériels. « Derrière les murs d’une prison, il y a des jeunes, des femmes, des hommes, des Sénégalais. Ils ont fauté, la loi les a sanctionnés, mais la loi n’a jamais retiré à personne le droit à la santé et la dignité », a-t-elle déclaré.
Elle a dénoncé la surpopulation carcérale, le manque de médicaments et l’insuffisance du personnel médical, qu’elle considère comme une « double peine ». « Priver quelqu’un de liberté, ce n’est pas le priver de soins », a-t-elle rappelé, soulignant que la prise en charge sanitaire des détenus participe également à la protection des gardiens, des familles et de l’ensemble de la société.

