Réunis à l’occasion d’un atelier national consacré à l’élaboration de messages stratégiques contre la migration irrégulière, les autorités sénégalaises et leurs partenaires européens ont insisté sur la nécessité de renforcer la prévention tout en offrant davantage de perspectives aux jeunes. Au centre des interventions du secrétaire permanent du Comité interministériel de lutte contre la migration irrégulière (CILMI), Dr Modou Diagne, et de la cheffe de la coopération de l’Union européenne au Sénégal, Nathalie Bazard, figure la question des départs vers les îles Canaries, principale porte d’entrée de nombreux migrants sénégalais vers l’Europe.
Prenant la parole au nom du ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Dr Modou Diagne a rappelé que la migration demeure un phénomène humain naturel lorsqu’elle est organisée et sécurisée. Toutefois, a-t-il souligné, la migration irrégulière continue d’exposer de nombreux jeunes à des risques majeurs, notamment les naufrages, l’exploitation, la traite des personnes et les pertes en vies humaines.
Le responsable du CILMI a mis en avant les résultats enregistrés dans la mise en œuvre de la Stratégie nationale de lutte contre la migration irrégulière. Selon les données présentées, les arrivées de ressortissants sénégalais aux îles Canaries ont connu une baisse significative, passant de 9 554 en 2024 à 4 918 en 2025. Une évolution qu’il attribue au renforcement des contrôles frontaliers, à la coopération entre la police, la gendarmerie et la marine nationale, ainsi qu’aux opérations menées contre les réseaux de passeurs.
Dr Diagne a également souligné que la réduction des départs a contribué à faire reculer le nombre de décès en mer. Malgré ces progrès, il a appelé à maintenir une vigilance constante face à une route atlantique qui demeure l’une des plus meurtrières au monde. Pour lui, la réponse au phénomène ne peut être uniquement sécuritaire. Elle doit s’appuyer sur une information fiable, la création d’opportunités économiques et la promotion de voies de migration régulières, notamment à travers la migration circulaire.
De son côté, Nathalie Bazard a insisté sur la dimension humaine du phénomène migratoire. Derrière les statistiques, a-t-elle rappelé, se trouvent des jeunes porteurs d’espoirs et de projets qui cherchent avant tout un emploi, une formation ou de meilleures conditions de vie. Selon elle, les dangers de la traversée vers les Canaries sont largement connus, mais les départs persistent parce que de nombreux candidats à l’émigration estiment ne pas disposer d’alternatives suffisantes.
La représentante de l’Union européenne a plaidé pour une nouvelle narration mettant en lumière les opportunités existantes au Sénégal. Elle a appelé à valoriser les parcours de réussite locale dans l’entrepreneuriat, l’agriculture moderne ou l’économie numérique afin d’offrir aux jeunes des modèles inspirants. « La jeunesse n’est pas un défi à gérer, mais une force à accompagner », a-t-elle affirmé.
À travers cette campagne nationale, autorités sénégalaises et partenaires européens entendent ainsi renforcer la sensibilisation sur les risques de la migration irrégulière tout en promouvant les opportunités locales. L’objectif affiché est clair : convaincre davantage de jeunes que leur avenir peut aussi se construire au Sénégal, loin des dangers de la traversée vers les îles Canaries.

