Budget 2026 : le pétrole menace les équilibres

Portées par une hausse de près de 12 % des recettes, les finances publiques sénégalaises ont affiché une bonne résistance au premier trimestre 2026. Mais la flambée des cours du pétrole, alimentée par les tensions au Moyen-Orient, pourrait rapidement fragiliser cette trajectoire et alourdir la facture des subventions énergétiques, mentionne le rapport trimestriel d’exécution du budget, au 31 mars 2026.

Les finances publiques sénégalaises ont enregistré un début d’année globalement satisfaisant. À fin mars 2026, les recettes du budget général se sont établies à 1 149,7 milliards de FCFA, en progression de 11,9 % par rapport à la même période de 2025. Dans le même temps, les dépenses ont été maîtrisées à 1 482,7 milliards de FCFA, soit 20,6 % des prévisions annuelles.

Cette évolution a permis de contenir le déficit budgétaire à 333 milliards de FCFA, représentant 1,4 % du PIB, un niveau largement inférieur à l’objectif annuel de 5,37 % fixé par la Loi de finances initiale (LFI) 2026. La performance des recettes repose essentiellement sur la bonne tenue des recettes fiscales, qui ont atteint 1 095,7 milliards de FCFA, soit 96,2 % de l’objectif trimestriel. L’impôt sur les sociétés a progressé de 15,3 % sur un an, soutenu notamment par les versements anticipés des entreprises opérant dans les secteurs pétrolier et gazier. De son côté, la TVA intérieure hors pétrole a bondi de 28,3 %, reflétant le dynamisme de la consommation ainsi que des activités commerciales et de services.

À l’inverse, les recettes non fiscales ont reculé de 23,6 %. Cette contre-performance s’explique principalement par la forte baisse des dividendes versés par les entreprises publiques, qui ne représentent que 0,3 milliard de FCFA, contre 9,3 milliards un an plus tôt.

Les mesures de mobilisation des recettes inscrites dans le Plan de redressement économique et social (PRES) affichent également des résultats en deçà des attentes. À fin mars, seulement 54,2 milliards de FCFA avaient été mobilisés sur une cible de 94,8 milliards. Les nouvelles taxes sur les jeux de hasard, les transferts d’argent et le contrôle des numéros IMEI des téléphones importés restent encore en phase de montée en puissance.

Subventions et dette sous surveillance

Du côté des dépenses, deux postes concentrent particulièrement l’attention des autorités.

Les transferts courants atteignent 445,7 milliards de FCFA, dont 165,5 milliards consacrés aux seules subventions énergétiques au cours des trois premiers mois de l’année. Parallèlement, les charges de la dette se sont élevées à 285 milliards de FCFA, dont plus de 209 milliards au titre de la dette extérieure, confirmant le poids croissant du service de la dette dans les finances publiques.

La masse salariale de l’État poursuit également sa progression. Elle s’établit à 375,1 milliards de FCFA, en hausse de 5,1 % sur un an, avec un effectif de la fonction publique dépassant désormais 195 000 agents. Le secteur de l’éducation concentre à lui seul 58 % des effectifs. Les investissements publics demeurent relativement faibles à ce stade de l’année, avec 297,2 milliards de FCFA exécutés, soit seulement 10,6 % des prévisions annuelles.

Le risque pétrolier en ligne de mire

La principale source d’inquiétude concerne désormais l’évolution des marchés énergétiques internationaux.

L’aggravation du conflit au Moyen-Orient et les tensions autour du détroit d’Ormuz, par lequel transite près d’un quart du commerce mondial de pétrole, font peser un risque significatif sur les équilibres budgétaires du Sénégal.

Une hausse durable des cours du brut entraînerait mécaniquement une augmentation du coût des subventions énergétiques supportées par l’État afin de préserver le pouvoir d’achat des ménages. Avec déjà 165,5 milliards de FCFA mobilisés en seulement trois mois, cette dépense pourrait fortement s’accroître au cours des prochains trimestres. Pour maintenir l’objectif de déficit budgétaire à 5,37 % du PIB à la fin de l’exercice, le ministère des Finances plaide pour une gestion rigoureuse de la structure des prix des carburants, un suivi renforcé des mécanismes de soutien à l’énergie et une accélération des réformes destinées à accroître les recettes internes.

Un exercice délicat dont l’issue dépendra largement de l’évolution d’une crise géopolitique sur laquelle Dakar n’a que peu de prise.

SUD QUOTIDIEN

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