L’Assemblée nationale du Sénégal a franchi une nouvelle étape dans la promotion de la nutrition en organisant, ce mercredi, un atelier de plaidoyer consacré au financement durable du secteur. Initiée par la Commission de la Santé et de l’Action sociale, présidée par l’honorable députée Khady Sarr, et la Commission des Finances et du Contrôle budgétaire, dirigée par l’honorable député Chérif Dicko, cette rencontre visait à renforcer l’intégration des priorités nutritionnelles dans le débat d’orientation budgétaire et à sécuriser les ressources destinées aux interventions en faveur des populations les plus vulnérables.
Organisé en partenariat avec Helen Keller International, IBP Sénégal et plusieurs organisations de la société civile, l’atelier s’inscrit dans le cadre des engagements du Sénégal relatifs à l’Agenda 2030 ainsi qu’aux objectifs définis lors du Sommet Nutrition pour la Croissance de Paris en 2025.
Une nutrition au cœur des enjeux de développement
Les échanges ont permis de rappeler le rôle central de la nutrition dans l’amélioration de la santé publique, particulièrement chez les enfants, mais aussi dans la consolidation du capital humain et du développement économique du pays. Toutefois, les participants ont souligné que le secteur fait face à des défis majeurs.
Parmi les principales contraintes évoquées figurent la baisse progressive des financements extérieurs, l’augmentation des besoins sanitaires, les tensions budgétaires croissantes ainsi que les difficultés de financement des intrants nutritionnels essentiels, notamment les aliments thérapeutiques prêts à l’emploi (ATPE) et les vitamines. Les coûts logistiques et les obstacles liés à la distribution des produits nutritionnels ont également été identifiés comme des freins à l’efficacité des interventions.
Face à cette situation, les participants ont insisté sur la nécessité de renforcer la mobilisation des ressources nationales et d’intégrer durablement les produits nutritionnels dans la chaîne d’approvisionnement de la SEN-PNA, tout en leur accordant une place plus importante dans les politiques publiques et budgétaires.
Renforcer le rôle du Parlement dans la défense des crédits de la nutrition
L’atelier avait également pour objectif de mieux outiller les parlementaires en perspective de l’examen de la Loi de finances rectificative (LFR) 2026. Les députés ont ainsi été sensibilisés aux enjeux du financement de la nutrition, aux insuffisances budgétaires observées dans le secteur et aux mécanismes permettant de protéger et de pérenniser les ressources qui lui sont allouées.
À l’issue des travaux, une note de plaidoyer pour un financement durable de la nutrition au Sénégal a été présentée. Ce document appelle notamment à un engagement politique accru des parlementaires en faveur du Plan stratégique multisectoriel de nutrition (PSMN) 2024-2028 et recommande de faire de la nutrition une priorité budgétaire nationale.
Des recommandations pour un financement pérenne
La note préconise une augmentation progressive des ressources publiques consacrées à la nutrition, une meilleure intégration des interventions nutritionnelles dans les lois de finances et les cadres de programmation budgétaire, ainsi qu’un renforcement de la visibilité et de la traçabilité des financements.
Les participants ont également recommandé la sécurisation des ressources destinées à l’achat des intrants nutritionnels, le soutien durable au financement des ATPE, des vitamines et des autres produits essentiels à la prise en charge nutritionnelle.
Par ailleurs, les recommandations mettent l’accent sur la promotion de l’équité territoriale dans la répartition des ressources, le renforcement du contrôle parlementaire de l’exécution budgétaire, le suivi des résultats et l’instauration d’une culture de redevabilité fondée sur la performance.
Souveraineté alimentaire et sensibilisation des populations
Au-delà des questions de financement, les parlementaires ont insisté sur la nécessité de renforcer la souveraineté alimentaire du Sénégal. Ils ont plaidé pour une intensification des actions de sensibilisation et d’éducation nutritionnelle, notamment auprès des femmes, ainsi que pour la promotion de l’allaitement maternel et des bonnes pratiques d’alimentation infantile.
Les discussions ont également mis en avant l’importance du renforcement de la surveillance nutritionnelle des enfants et de la valorisation des produits locaux à travers leur transformation et leur consommation.
Un engagement collectif renouvelé
La rencontre a réuni les membres des commissions parlementaires concernées, des représentants du Conseil national de Développement de la Nutrition (CNDN), de la plateforme SUN de la société civile, des experts d’IBP Sénégal et de Helen Keller International, ainsi que plusieurs journalistes spécialisés dans les questions de santé.
Au terme de l’atelier, les participants ont réaffirmé leur volonté commune de faire de la nutrition un levier essentiel du développement humain, de la réduction des inégalités et du renforcement de la souveraineté sanitaire du Sénégal. Un engagement qui traduit la volonté des acteurs institutionnels et de la société civile de placer durablement la nutrition au cœur des priorités nationales.

