Le Cadre de concertation des acteurs de la société civile sénégalaise tire la sonnette d’alarme face à la montée des violences et des discours de haine contre les ressortissants africains en Afrique du Sud. Dans un communiqué, les organisations signataires condamnent fermement les actes d’intimidation, les pillages, les expulsions forcées et les agressions visant les migrants, tout en appelant à une réponse coordonnée des autorités sud-africaines et des institutions africaines.
Selon le document, la situation s’est fortement dégradée ces dernières semaines avec la multiplication de mobilisations anti-migrants, notamment sous l’impulsion des mouvements March et March , Opération Dudula et Progressive Forces . Ces groupes avaient fixé un ultimatum au 30 juin 2026 aux migrants en situation irrégulière, alimentant un climat de peur au sein des communautés africaines vivantes en Afrique du Sud.
Si les manifestations organisées à l’expiration de cet ultimatum se déroulent en grande partie de manière pacifique, elles ont également donné lieu à des violences, des pillages et plusieurs arrestations, dans un contexte de fort déployé des forces de sécurité. Pour les organisations de la société civile, cette situation continue de provoquer le déplacement de milliers de ressortissants africains.
Le communiqué dénonce une rhétorique qui fait des migrants les principaux responsables des difficultés économiques et sociales du pays, notamment le chômage, l’insécurité et la pression sur les services publics. Une stigmatisation qui, selon les signataires, favorise les contrôles illégaux, les expulsions de logements, les fermetures de commerces, les pillages ainsi que les obstacles à l’accès aux soins, à l’éducation et aux moyens de subsistance.
Les organisations soulignent que plusieurs décès, agressions et destructions de biens ont été signalés, même si elles estiment que le bilan exact doit encore être documenté. Elles insistent cependant sur une réalité désormais incontestable : l’installation de la peur au sein des communautés africaines, contraintes pour certaines d’abandonner leurs habitations ou leurs activités économiques.
Tout en reconnaissant le droit souverain de l’Afrique du Sud à appliquer sa politique migratoire, les signataires rappellent que cette mission relève exclusivement des autorités de l’État et ne saurait être déléguée à des groupes d’autodéfense ou servir de justification à des violences xénophobes et afrophobes.
Ils saluent les annonces du gouvernement sud-africain promettant un renforcement de la sécurité et rappellent que ces engagements doivent désormais se traduire par des mesures concrètes : protection des personnes menacées, enquêtes indépendantes, poursuites contre les auteurs de violences et d’incitations à la haine, ainsi qu’un discours public ferme contre toute instrumentalisation politique de la question migratoire.
Le Cadre de concertation rappelle également la place particulière qu’occupe l’Afrique du Sud dans l’histoire du continent. Les organisations estiment que le combat contre l’apartheid a un soutien important à de nombreux peuples africains et que les violences actuelles contre les Africains remettent en cause les valeurs de solidarité, d’unité et de dignité humaine portées par le panafricanisme.
À travers cette déclaration, les organisations appellent les autorités sud-africaines à garantir la protection des migrants, demandent l’ouverture d’enquêtes sur les violences rapportées et exhortent les partis politiques, les médias et les responsables publics à ne pas instrumentaliser la question migratoire à des fins électorales.
Elles invitent également l’Union africaine, les communautés économiques régionales et la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples à faire de la lutte contre l’afrophobie une priorité durable. Enfin, elles encouragent les États africains à renforcer leur assistance consulaire, à accompagner les personnes déplacées ou rapatriées et à documenter les violations subies par leurs ressortissants.
Pour les signataires, la libre circulation et l’intégration africaine ne pourront pleinement se concrétiser tant que « l’Africain devient étranger à l’Afrique ».


