La méthode à privilégier pour conduire la réforme de la Constitution a engendré de profondes divergences parmi les acteurs de la société civile réunis, samedi dernier, à l’occasion de la Conversation citoyenne organisée par la Coalition de la société civile pour l’application des conclusions des Assises nationales, des recommandations de la CNRI et du Pacte national de bonne gouvernance démocratique. Entre les partisans d’un référendum et les défenseurs de la voie parlementaire, les échanges ont mis en évidence des désaccords de fond sur la démarche à suivre.
Pour Penda Mbow, une réforme constitutionnelle ne saurait se réduire à un vote de l’Assemblée nationale. Elle considère que les citoyens doivent être pleinement associés à l’ensemble duprocessus. « Il faudra aller vers le référendum. Le référendum nous servira peut-être à cette appropriation… C’est un moment pédagogique pour les citoyens », a-t-elle soutenu.
L’universitaire s’est interrogée sur la possibilité d’organiser une telle consultation durant l’actuel quinquennat, estimant qu’« il faudra une période de transition » pour mener des réformes institutionnelles d’une telle ampleur. Elle a également dénoncé une confusion entre les missions des différentes institutions, affirmant que « cette Assemblée, je la vois ces derniers temps comme à la fois une constituante, mais aussi un gouvernement parallèle ».
À l’inverse, Mamadou Mao Wane a défendu la légitimité de l’Assemblée nationale à conduire la révision de la Constitution. « Les députés ont été élus par le peuple. Ils ont une légitimité qu’on ne peut pas mettre en cause », a-t-il déclaré, tout en invitant les acteurs à « sortir des mythes » qui entourent, selon lui, le recours au référendum. Rappelant les engagements du chef de l’État en faveur de l’application desrecommandations issues des concertations nationales, il a estimé qu’« il faut l’interpeller » sur leur mise en œuvre. Selon lui, la réforme devra aussi s’appuyer sur une forte mobilisation citoyenne : « Les réformes constitutionnelles ne sont pas notre monopole », a-t-il insisté.
Pour sa part, Oumar Dia a défendu les propositions de réforme soutenues par le pouvoir, rejetant les critiques qui lesprésentent comme incompatibles avec les recommandations de la CNRI. « Je me demande de quelle CNRI ils parlent », a-t-il lancé. Particulièrement critique à l’égard de la décision du Conseil constitutionnel, il a estimé qu’elle constitue « une justice de classe attachée au statu quo » ayant empêché l’adoption d’une réforme conforme aux aspirations populaires. A ses yeux, « la parole sera redonnée au peuple » afin que celui-ci puisse trancher les choix institutionnels qui engagent l’avenir du pays.
SUD QUOTIDIEN

