Invité de l’émission « Objection hier, dimanche 20 septembre sur Sud FM, John McIntire, ancien directeur pays de la Banque mondiale au Sénégal, a livré son analyse de la situation de la dette publique sénégalaise. Revenant sur l’évolution de l’endettement du pays depuis le début des années 2000, il estime que le Sénégal disposait, après l’allègement obtenu dans le cadre de l’initiative en faveur des Pays pauvres très endettés (PPTE), d’une situation financière jugée soutenable. Selon lui, la trajectoire s’est progressivement dégradée à partir de la fin des années 2010.
John McIntire rappelle qu’au début des années 2000, le Sénégal avait bénéficié d’un important allègement de sa dette dans le cadre de l’initiative PPTE, mise en œuvre conjointement par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI). À ses yeux, en 2004, les indicateurs relatifs à la dette multilatérale et bilatérale du pays étaient encore favorables, notamment en matière de service de la dette rapporté aux exportations et aux recettes fiscales.
L’ancien responsable de la Banque mondiale situe le début du changement de trajectoire autour de 2017-2018. Le Sénégal avait alors renoué avec un programme du FMI afin de faire face à certaines difficultés budgétaires. « Ce n’est pas une mauvaise chose en soi », précise-t-il, estimant que le pays avait globalement respecté les engagements pris dans le cadre de ce programme. Mais, à partir de 2019, il affirme que le Sénégal a commencé à multiplier les emprunts souverains et les garanties, dont certains n’auraient pas été correctement portés à la connaissance de l’Assemblée nationale ni des institutions financières internationales.
Interrogé sur l’existence de « dettes cachées », John McIntire répond par l’affirmative, tout en s’appuyant sur les conclusions et révélations intervenues autour de l’audit des finances publiques. Il évoque notamment le rapport de la Cour des comptes, qui aurait permis de corriger certaines données relatives à la dette et aux finances publiques. D’après les chiffres qu’il dit avoir consultés dans la presse, et qu’il précise ne pas considérer comme officiels, le ratio d’endettement du Sénégal aurait fortement progressé, passant d’environ 75 % du PIB à des niveaux pouvant atteindre, selon les estimations évoquées, entre 100 % et 130 % du PIB.
L’ancien directeur pays de la Banque mondiale insiste toutefois sur l’absence, selon lui, de données publiques récentes permettant de disposer d’une photographie précise de la situation. Il dit attendre la publication des chiffres officiels et la présentation du prochain programme du Sénégal au Conseil d’administration du FMI pour connaître l’ampleur exacte de l’endettement, du service de la dette et les solutions envisagées, notamment le reprofilage évoqué par les autorités sénégalaises.
John McIntire met également en cause les mécanismes internationaux de surveillance. Sans accuser directement des responsables de corruption, il estime que la Banque mondiale et le FMI auraient dû mieux détecter les opérations d’endettement réalisées durant cette période. Selon lui, il y aurait eu, au niveau de ces institutions, des « défaillances » ou de la « négligence ». Il considère ainsi qu’une réflexion sur la responsabilité des fonctionnaires chargés du suivi du dossier devrait être engagée.
Mais l’ancien responsable de la Banque mondiale ne limite pas les responsabilités aux partenaires extérieurs. Il pointe également des « défaillances internes » en matière de contrôle des dettes, des dépenses publiques et de certains investissements de l’État. Il cite notamment plusieurs projets publics et les financements accordés à la Senelec.
Sur le volet judiciaire, John McIntire salue l’ouverture annoncée de plusieurs enquêtes au Sénégal. Il estime que l’identification des responsabilités, dans le respect du secret de l’instruction, constitue une étape nécessaire pour faire la lumière sur les conditions dans lesquelles l’endettement public s’est accru.

