L’ancien ministre de l’Économie et du Plan Abdourahmane Sarr a livré son analyse de la rencontre entre le Sénégal et ses créanciers, alors que Dakar cherche à débloquer son programme avec le Fonds monétaire international (FMI). Pour lui, l’enjeu principal reste l’approbation du programme et la poursuite de la consolidation budgétaire, plutôt qu’une restructuration lourde de la dette.
Le Sénégal a présenté à ses créanciers sa situation économique et financière dans un contexte marqué par les discussions avec le FMI autour d’un nouveau programme. À l’issue de cette séquence, l’ancien ministre de l’Économie et du Plan Abdourahmane Sarr estime que plusieurs éléments doivent être retenus.
Une dette ramenée à 105 % du PIB après le rebasing
Premier enseignement mis en avant par l’ancien ministre : le rebasing du PIB a modifié sensiblement les principaux ratios macroéconomiques du pays. Selon Abdourahmane Sarr, la dette totale du Sénégal ressort désormais à 105 % du PIB en 2025, tandis que le déficit budgétaire s’établit à 5,4 % du PIB.
Cette nouvelle photographie des finances publiques, estime-t-il, rendrait « encore moins nécessaire » une demande de pertes importantes auprès des créanciers privés. Pour l’ancien ministre, de simples opérations de reprofilage de la dette pourraient suffire, si elles s’avèrent nécessaires.
Le cadre du FMI au cœur du processus
Abdourahmane Sarr souligne également que le Sénégal reste évalué selon le cadre d’analyse de viabilité de la dette applicable aux pays à faible revenu, même si celui-ci est actuellement en cours de révision.
C’est ce cadre qui, selon lui, explique la nécessité du processus de restructuration de la dette avant l’approbation du programme du FMI.
Sur le front de la liquidité, l’ancien ministre se montre toutefois plus rassurant. Les difficultés à court terme pourraient, selon son analyse, être résolues avec les créanciers officiels et grâce aux discussions actuellement engagées.
Il rappelle également que les créanciers officiels, y compris les institutions multilatérales, ont autorisé des décaissements pour certains projets qui n’étaient pas inscrits au budget, dont certains ont été exécutés par leurs propres entreprises.
Un calendrier serré jusqu’à décembre
Le calendrier évoqué prévoit une approbation du programme du FMI en novembre, suivie d’un bouclage du processus de restructuration en décembre.
Reste une inconnue majeure : la réaction des créanciers privés.
Pour Abdourahmane Sarr, l’analyse de viabilité de la dette devra d’abord les convaincre du bien-fondé des mesures envisagées. Leur adhésion sera donc déterminante pour permettre au Sénégal de franchir cette nouvelle étape.
Une restructuration jugée « essentiellement cosmétique »
Mais au-delà des discussions techniques sur la dette, l’ancien ministre relativise la portée de la restructuration envisagée.
Selon lui, « ce processus est essentiellement cosmétique », l’enjeu fondamental étant ailleurs : obtenir l’approbation du programme du FMI et maintenir le Sénégal sur une trajectoire de consolidation budgétaire et de refinancement sur le marché régional.
Cette dernière dimension est particulièrement importante à ses yeux. Abdourahmane Sarr estime qu’il faut éviter d’affecter les investisseurs non résidents, hors UEMOA, qui ont souscrit aux titres sénégalais libellés en francs CFA. L’objectif est clair : préserver leur confiance et leur présence future sur le marché financier régional.
La LFR, un passage obligé
L’autre dossier appelé à jouer un rôle déterminant est celui de la loi de finances rectificative (LFR) actuellement sur la table de l’Assemblée nationale.
Pour Abdourahmane Sarr, une convergence de vues sur la trajectoire budgétaire est indispensable. L’adoption de cette trajectoire constituerait, selon son analyse, un préalable à l’approbation du programme avec le FMI.
En définitive, l’ancien ministre considère que le Sénégal se trouve à un moment charnière. Si les discussions sur la dette doivent permettre de rassurer les créanciers et de satisfaire les exigences du FMI, l’essentiel reste, à ses yeux, la capacité du pays à rétablir durablement la crédibilité de sa trajectoire budgétaire et à préserver son accès au financement régional.

