Sénégal : Abdourahmane Sarr appelle à un compromis entre l’Exécutif, le Parlement et le FMI pour préserver l’équilibre budgétaire

Face aux enjeux de la dette publique et à la nécessité de sécuriser le programme avec le Fonds monétaire international (FMI), l’ancien ministre de l’Économie et du Plan, Abdourahmane Sarr, plaide pour un compromis entre l’Exécutif, le Législatif et l’institution financière internationale. Dans sa réflexion, il préconise une meilleure programmation des investissements publics, une fiscalité énergétique adaptée, un déficit budgétaire ramené à 3 % du PIB en 2027 et une transformation profonde du modèle économique sénégalais.

Le Sénégal doit désormais dépasser les divergences politiques et budgétaires pour trouver un terrain d’entente autour de la gestion des finances publiques. C’est le message défendu par l’ancien ministre de l’Économie et du Plan, Abdourahmane Sarr, qui estime que l’Exécutif et le Législatif sont entrés dans une nouvelle phase, celle du compromis, après les échanges et les oppositions d’idées nécessaires à la clarification des positions.

Pour l’ancien responsable gouvernemental, l’urgence consiste à sécuriser le programme avec le Fonds monétaire international sur la base d’une consolidation budgétaire crédible et d’une stratégie nationale de gestion de la dette reposant sur un consensus autour de sa viabilité.

Dans cette perspective, Abdourahmane Sarr identifie quatre orientations susceptibles de constituer les fondements d’un compromis entre les autorités sénégalaises, les parlementaires et le FMI.

Une loi de finances rectificative plus réaliste pour 2026

La première priorité concerne la sincérité de la loi de finances rectificative (LFR) 2026. Abdourahmane Sarr relève un écart important entre les investissements publics programmés et les capacités d’exécution observées.

Les investissements prévus pour 2026 s’élèvent à 2 249 milliards de FCFA, contre 1 472 milliards effectivement réalisés en 2025, soit une progression de plus de 50 %. Pour l’ancien ministre, cette hausse appelle une programmation plus réaliste, fondée sur les capacités réelles de mise en œuvre des projets.

Il estime qu’un ajustement du calendrier des investissements permettrait de dégager les marges nécessaires au financement des subventions énergétiques, dont le coût pourrait être supérieur aux prévisions initiales.

Dans cette logique, les recettes attendues au titre du programme de redressement économique et social (PRES) devraient, selon lui, être mobilisées en priorité pour financer les décisions de subventionnement des produits énergétiques, afin de contenir le déficit de 2026 dans les limites prévues.

Abdourahmane Sarr rappelle également que les dépenses liées au PRES ne devraient être engagées qu’au second semestre, en fonction du niveau de mobilisation des recettes correspondantes. Il invite ainsi les parlementaires à ne pas considérer les investissements associés à ce programme comme intouchables.

L’objectif est de concilier les engagements de l’État avec les contraintes de trésorerie et les impératifs de stabilité budgétaire.

Fiscalité énergétique : concilier pouvoir d’achat et discipline budgétaire

La deuxième orientation porte sur la cohérence entre la loi de finances rectificative de 2026 et la loi de finances initiale (LFI) de 2027.

L’ancien ministre estime qu’un allègement de la fiscalité énergétique est envisageable, rappelant que cette question avait déjà été discutée au sein du gouvernement. Il propose d’examiner une réduction simultanée des taxes sur les produits pétroliers et des subventions énergétiques.

Selon cette approche, une telle combinaison pourrait contribuer à préserver le pouvoir d’achat des ménages et la compétitivité de l’économie, tout en limitant les conséquences sur les finances publiques.

Pour étayer son raisonnement, Abdourahmane Sarr cite la Côte d’Ivoire comme point de comparaison. Ce pays applique, selon lui, une fiscalité moins élevée sur les produits pétroliers et affiche une pression fiscale globalement plus faible. Malgré un niveau d’investissement public inférieur à celui du Sénégal, son économie enregistre une croissance qu’il situe autour de 6 %.

Cette comparaison conduit l’ancien ministre à interroger l’efficacité du modèle sénégalais, notamment la relation entre le niveau des prélèvements, l’investissement public et la croissance économique.

Il ne s’agit donc pas seulement de réduire les taxes ou les subventions, mais de rechercher un équilibre permettant de soutenir l’activité économique sans compromettre les objectifs de consolidation budgétaire.

Ramener le déficit à 3 % du PIB en 2027

Le troisième axe défendu par Abdourahmane Sarr consiste à ramener le déficit budgétaire à 3 % du produit intérieur brut (PIB) en 2027, conformément à l’objectif initialement prévu.

Il considère que le rebasage du PIB peut faciliter l’atteinte de cette cible, à condition de mieux maîtriser les investissements publics et les dépenses en biens et services.

L’ancien ministre souligne également que le Sénégal dispose de marges de financement qu’il conviendrait de mobiliser de manière plus stratégique. Après avoir supporté des charges d’intérêts plus élevées que la Côte d’Ivoire et attiré des investisseurs, le pays disposerait, selon son analyse, de davantage de ressources disponibles en proportion du PIB.

Dans ce contexte, il préconise de privilégier le refinancement de la dette sénégalaise sur le marché financier régional, notamment en attirant des investisseurs non résidents, avec ou sans recours aux mécanismes de transfert du risque de crédit désignés par le sigle anglais TRS.

Cette stratégie devrait permettre de mieux gérer les échéances de la dette et de réduire les tensions sur les finances publiques. Abdourahmane Sarr souligne, dans le même temps, le rôle de la dette concessionnelle, dont les conditions avantageuses peuvent contribuer à subventionner le coût de la transition économique.

La réussite de cette orientation dépend toutefois de la crédibilité de la stratégie d’endettement et de la capacité des autorités à rassurer les investisseurs sur la soutenabilité des finances publiques.

Sortir d’un modèle fondé sur l’endettement et l’investissement public

Au-delà des ajustements budgétaires, Abdourahmane Sarr place la transformation du modèle économique au cœur du débat.

Selon lui, le Sénégal a longtemps utilisé sa capacité à payer des intérêts pour emprunter et financer la construction d’infrastructures, avec l’espoir que ces investissements entraîneraient mécaniquement une accélération de la croissance.

Or, si les infrastructures ont été réalisées, la transformation productive attendue n’a pas suffisamment suivi.

Pour l’ancien ministre, remplacer progressivement la dette par une fiscalité plus importante afin de poursuivre les investissements, comme le souhaite le Premier ministre Ousmane Sonko, pourrait produire certains effets sans pour autant modifier fondamentalement le modèle économique.

Il appelle ainsi à une plus grande sélectivité dans le choix des investissements publics et met en garde contre une stratégie qui consisterait à mobiliser davantage de recettes fiscales sans s’attaquer aux obstacles structurels à la croissance.

Abdourahmane Sarr évoque notamment une corrélation négative entre la pression fiscale et la croissance des secteurs hors hydrocarbures et agriculture. Cette observation nourrit son plaidoyer en faveur d’une économie davantage tournée vers la compétitivité, la productivité et l’investissement privé.

L’enjeu, à ses yeux, est de dépasser une logique dans laquelle l’État concentre l’essentiel de l’effort d’investissement pour engager une transformation systémique de l’économie.

La transformation systémique comme horizon

Pour soutenir cette ambition, Abdourahmane Sarr renvoie à la Déclaration de politique générale (DPG) présentée en 2024 par Ousmane Sonko. Il estime que ce document avait déjà posé les bases de la réflexion sur la transformation systémique, telle qu’il l’avait développée dans sa contribution intitulée « Le Cap et la Méthode, La Transformation Systémique ».

Cette référence souligne, selon sa lecture, la nécessité d’assurer une cohérence entre les orientations politiques annoncées, les choix budgétaires et les réformes structurelles susceptibles de stimuler durablement l’économie.

La consolidation budgétaire ne devrait donc pas être envisagée comme une simple réduction des dépenses ou une augmentation des recettes. Elle doit également permettre de réorienter les ressources vers les activités productives, de renforcer la compétitivité des entreprises et de favoriser une participation accrue du secteur privé à la création de richesses.

Un compromis pour dépasser les tensions budgétaires

À travers ces quatre propositions, Abdourahmane Sarr défend une approche qui cherche à concilier les impératifs de financement de l’État, la préservation du pouvoir d’achat, la maîtrise de la dette et la relance de la croissance.

Son appel intervient dans un contexte où la recherche d’un accord avec le FMI exige des choix budgétaires crédibles et une vision claire de la trajectoire financière du Sénégal.

Pour l’ancien ministre, l’Exécutif, le Législatif et le Fonds monétaire international doivent désormais parvenir à un compromis permettant de sécuriser le programme financier du pays sans perdre de vue l’objectif de transformation économique.

Au-delà des arbitrages immédiats sur les investissements, les subventions et la fiscalité, le véritable défi reste celui de la croissance durable. Car, dans la vision défendue par Abdourahmane Sarr, la soutenabilité de la dette ne peut être dissociée de la capacité du Sénégal à produire davantage de richesses, à attirer l’investissement privé et à transformer structurellement son économie.

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