Le groupe parlementaire Takku-Wallu Sénégal justifie son abstention par sa volonté de ne pas cautionner les insuffisances du projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026, sans pour autant contribuer au blocage des institutions. Lors d’une conférence de presse tenue ce jeudi, sa présidente, Aïssata Tall Sall, a vivement critiqué la gestion budgétaire du gouvernement et dénoncé le choix de la majorité Pastef de faire rejeter le texte sans débat parlementaire.
Le groupe parlementaire Takku-Wallu Sénégal entend clarifier sa position après le rejet de la LFR 2026, le 3 novembre dernier, à l’Assemblée nationale. Au cœur de son argumentaire : une abstention présentée comme un choix de responsabilité républicaine, face à un texte jugé profondément incohérent, mais aussi à une majorité accusée d’avoir empêché tout débat sur le fond.
« Nous refusons de donner quitus à une gestion qui ne nous paraît pas orthodoxe, autant que nous refusons d’être avec Pastef pour tenir le Sénégal en otage », a déclaré Aïssata Tall Sall, qui a insisté sur la volonté de son groupe de ne pas contribuer au blocage du pays. Pour elle, cette abstention ne traduit ni une approbation de la politique gouvernementale ni un soutien au rejet systématique des textes budgétaires.
La présidente de Takku-Wallu a notamment expliqué que son groupe avait déjà choisi de s’abstenir lors de l’examen du texte en commission des Finances, le 23 octobre. Une position motivée, selon elle, par les échanges et les va-et-vient entre le ministère des Finances et la majorité parlementaire, sans résultats tangibles. Elle estime que la suite des événements a conforté cette posture.
Sur le fond, Aïssata Tall Sall a relevé plusieurs insuffisances majeures dans la LFR. Elle pointe d’abord une baisse de 304 milliards de francs CFA du budget général, révélatrice, à ses yeux, des prévisions de recettes excessivement optimistes inscrites dans la loi de finances initiale (LFI). Elle dénonce ensuite une hausse de 535 milliards des dépenses de fonctionnement, concomitante à une réduction de 545 milliards des dépenses d’investissement.
Pour la parlementaire, cet arbitrage traduit un choix contestable entre le fonctionnement de l’administration et les investissements indispensables au développement du pays, notamment les routes, les écoles, les hôpitaux et les infrastructures de base.
Autre motif d’inquiétude : le déficit budgétaire, qui passerait de 3 % dans les prévisions initiales à 7,6 % dans la LFR, soit un niveau largement supérieur au critère de convergence communautaire fixé à 3 % par l’UEMOA. Elle a également évoqué l’effondrement des prévisions liées au programme de redressement économique et social (PRES).
Mais au-delà des chiffres, Takku-Wallu reproche à la majorité Pastef d’avoir empêché l’expression des députés. Le 3 novembre, l’adoption d’une question préalable par 104 voix contre 20, avec trois abstentions, a mis fin à la procédure avant tout débat général. Une situation qualifiée de grave entorse à la mission de contrôle et de délibération du Parlement.
En assumant son abstention, le groupe affirme avoir voulu laisser au gouvernement une possibilité de corriger le tir, notamment à travers le budget 2027, sans cautionner les insuffisances relevées. Aïssata Tall Sall a enfin appelé le président de la République à prendre ses responsabilités pour éviter un blocage institutionnel, rappelant que les conséquences de la crise budgétaire pèseront avant tout sur les entreprises, les ménages et les populations.

