Sommet tripartite à Conakry pour désamorcer les tensions frontalières

Les présidents de la Guinée, de la Sierra Leone et du Liberia se réunissent lundi à Conakry pour un sommet tripartite consacré au différend frontalier qui oppose les trois pays, avec la participation de la Côte d’Ivoire en qualité de témoin. La rencontre intervient au lendemain du déploiement par Conakry d’un dernier contingent militaire aux frontières concernées.

La Guinée accueille ce lundi 16 mars un sommet tripartite consacré au différend frontalier impliquant la Sierra Leone et le Liberia, au lendemain d’une démonstration de force du président Mamadi Doumbouya qui a personnellement présidé le départ du dernier contingent des Forces armées guinéennes (FAG) vers ces mêmes frontières.

La rencontre réunit également le président ivoirien Alassane Ouattara, invité en qualité de pays témoin dans le cadre de cette initiative diplomatique visant à favoriser un règlement pacifique du contentieux territorial. Les chefs d’État de la Sierra Leone et du Liberia, Julius Maada Bio et Joseph Nyuma Boakai, participent aux discussions destinées à examiner les modalités d’une solution concertée à ce différend qui concerne la zone de convergence entre les trois pays.

Selon la présidence guinéenne, cette rencontre de haut niveau s’inscrit dans une dynamique de dialogue et de coopération régionale visant à prévenir toute escalade et à renforcer la stabilité dans l’espace ouest-africain. Le sommet devrait permettre aux dirigeants de passer en revue les mécanismes diplomatiques et techniques susceptibles de conduire à une délimitation consensuelle des frontières et à une gestion apaisée de cette zone sensible.

Deux foyers de tension en toile de fond

Le sommet de Conakry se tient dans un contexte particulièrement chargé, marqué par des incidents frontaliers simultanés avec les deux pays concernés.

Côté sierra-léonais, la tension remonte à fin février, lorsque les forces guinéennes ont interpellé seize militaires de Freetown dans le district de Koudaya, préfecture de Faranah, à environ 1,4 km en territoire guinéen. Conakry affirmait qu’ils avaient installé un campement et hissé leur drapeau national. Freetown a contesté cette version, soutenant que ses éléments participaient à la construction d’un poste frontalier dans la localité de Kaleyereh. Après plusieurs jours de crispations, les militaires sierra-léonais ont été remis à leurs autorités le 27 février, le chef de la diplomatie de Freetown, Alhaji Timothy Kabba, les ayant récupérés « sains et saufs » à Conakry.

Sur le front libérien, le différend porte sur une extraction de sable dans le fleuve Makona, dans une zone frontalière disputée, par une entreprise libérienne chargée de travaux routiers à Foya. Les autorités guinéennes ont saisi l’engin utilisé sur le site, faute d’autorisation. La situation s’est aggravée lorsque le drapeau libérien, initialement placé à environ 800 mètres du fleuve, a été déplacé près de la rive, geste dénoncé par Conakry comme une « occupation illégale ». Une réunion tenue le 8 mars à Guéckédou avait permis d’amorcer un apaisement, le ministre libérien des Affaires intérieures, Niuma Ley, confirmant que le drapeau serait ramené à sa position initiale.

Doumbouya entre épée et dialogue

C’est dans ce contexte que le président Doumbouya a adopté dimanche une posture de fermeté, se déplaçant en personne pour remettre le tricolore national aux soldats du dernier contingent déployé aux frontières. « Moi, Mamadi Doumbouya, je mets le peuple de Guinée en confiance qu’aucune portion de la terre laissée par nos ancêtres ne sera conquise à partir de ce soir », a-t-il lancé devant les troupes, dont le départ a suscité une forte mobilisation populaire dans la capitale.

Les autorités guinéennes ont néanmoins tenu à souligner le caractère défensif du dispositif, rappelant que la Guinée « n’a jamais eu la vocation d’une armée de conquête » mais reste « jalouse de la défense de son intégrité territoriale ».

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