Abdourahmane Sarr appelle à une révision sincère de la LFR 2026 et plaide pour un budget réaliste

Dans une tribune intitulée « Sortir du piège partisan », l’ancien ministre Abdourahmane Sarr estime que la loi de finances rectificative (LFR) 2026 ne devrait pas être adoptée en l’état. Il appelle le gouvernement à mieux refléter les perspectives réelles d’exécution budgétaire et à préparer une loi de finances initiale (LFI) 2027 susceptible de rassurer le Fonds monétaire international (FMI).

L’ancien ministre Abdourahmane Sarr remet en question la pertinence de la loi de finances rectificative (LFR) 2026 dans sa configuration actuelle. À la suite des conférences de presse organisées par le gouvernement et les députés de PASTEF, il maintient sa position : le texte budgétaire doit, selon lui, être revu afin de correspondre davantage aux réalités de l’exécution des dépenses publiques.

Dans sa contribution, intitulée « Sortir du piège partisan », Abdourahmane Sarr invite les acteurs politiques à dépasser les logiques d’appartenance partisane pour privilégier une lecture objective des chiffres budgétaires. Il s’appuie notamment sur les travaux de Drew Westen, auteur de The Political Brain, pour expliquer comment les émotions et les convictions politiques peuvent influencer les jugements et l’interprétation des faits.

Selon lui, le phénomène du « raisonnement motivé » conduit souvent les acteurs à privilégier les arguments qui confortent leurs convictions, tout en minimisant les contradictions de leur propre camp. Une dynamique qui, à ses yeux, se retrouve dans les récentes prises de parole du gouvernement et des députés de la majorité.

L’ancien ministre estime ainsi que chaque camp a pu convaincre ses partisans, sans pour autant répondre à la question centrale : celle de la sincérité des prévisions budgétaires.

Une LFR adaptée aux réalités de l’exécution budgétaire

Pour Abdourahmane Sarr, la distinction entre l’exécution du budget de l’année 2026 et la programmation des dépenses de 2027 est essentielle. Il considère que les investissements prévus pour l’année prochaine, tout comme les politiques sociales et les mesures relatives aux prix de l’énergie, ne doivent pas être confondus avec les dépenses susceptibles d’être effectivement réalisées d’ici à la fin de 2026.

À la fin du mois d’octobre, soutient-il, les marges de programmation pour l’exercice en cours sont désormais limitées. La LFR devrait donc, selon lui, traduire les perspectives réelles d’exécution budgétaire plutôt que de maintenir des autorisations de dépenses qui ne pourront vraisemblablement pas être utilisées avant la clôture de l’exercice.

Dans cette logique, il préconise l’annulation des autorisations budgétaires devenues sans objet pour 2026 et le renvoi à la LFI 2027 de la programmation des investissements qui demeurent prioritaires.

Un état détaillé des engagements et des crédits réclamé

Pour étayer cette démarche, Abdourahmane Sarr demande au gouvernement de présenter à l’Assemblée nationale une situation détaillée de l’exécution budgétaire. Ce document devrait notamment préciser les autorisations d’engagement déjà consommées, celles qui restent disponibles, les crédits de paiement exécutés ainsi que les crédits susceptibles d’être reportés.

L’objectif serait de disposer d’une photographie plus précise des engagements de l’État et des dépenses effectivement réalisables avant la fin de l’année.

L’ancien ministre évoque également les données d’exécution arrêtées à fin août et transmises au FMI. Si ces chiffres reflètent fidèlement la situation budgétaire, estime-t-il, les quatre derniers mois de l’année ne devraient pas permettre d’atteindre les niveaux d’engagements et d’exécution inscrits dans la LFR.

Il rappelle par ailleurs que les possibilités de report de crédits sont encadrées par la réglementation. Il en déduit que le déficit budgétaire projeté pourrait être inférieur aux prévisions actuellement retenues, sous réserve de la confirmation des données d’exécution.

Le règlement des arriérés parmi les priorités

Les économies qui pourraient découler de cette révision budgétaire ne devraient pas rester sans affectation. Abdourahmane Sarr estime qu’elles pourraient contribuer au règlement des arriérés de paiement de l’État ou participer à la couverture des besoins de financement de l’exercice en cours, notamment dans l’hypothèse où le programme avec le FMI ne serait pas approuvé.

Il défend ainsi une hiérarchisation des dépenses publiques dans laquelle le paiement des engagements déjà contractés occuperait une place prioritaire. « Il faut régler ses impayés avant d’investir », résume-t-il dans sa contribution.

Cette approche vise, selon son argumentation, à mieux articuler les ressources disponibles, les obligations financières de l’État et la programmation des nouveaux investissements.

La LFI 2027 au cœur des enjeux avec le FMI

Au-delà de la révision du budget 2026, Abdourahmane Sarr place la préparation de la loi de finances initiale 2027 au centre des enjeux budgétaires. Pour lui, la crédibilité du prochain budget dépend directement de la sincérité de la LFR en cours.

Il appelle à accompagner la LFI 2027 de l’ensemble des documents annexes actualisés, notamment le rapport économique et financier et la stratégie d’endettement. Le budget devrait, selon sa proposition, s’inscrire dans une trajectoire visant un déficit public de 3 % du produit intérieur brut (PIB).

L’ancien ministre considère qu’une telle démarche permettrait de renforcer la crédibilité des prévisions de l’État et de convaincre le FMI de la cohérence de la trajectoire budgétaire proposée.

En définitive, Abdourahmane Sarr plaide pour une approche fondée sur la transparence des données, la distinction entre dépenses exécutables et investissements futurs, ainsi que la maîtrise du déficit. Son appel à « sortir du piège partisan » se veut une invitation à recentrer le débat budgétaire sur les chiffres, les engagements de l’État et la soutenabilité des finances publiques, au-delà des divergences politiques.

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