Alphonse Mane Sambou conteste la sincérité du déficit et dénonce des coupes dans les investissements sociaux

Lors de son intervention en séance plénière à l’Assemblée nationale, le président de la commission des Finances, Alphonse Mane Sambou, a vivement interpellé le ministre des Finances sur les hypothèses budgétaires du gouvernement. Entre contestation du niveau du déficit, faiblesse de l’exécution des investissements et suppression de projets sociaux prioritaires, il a appelé à une révision du cadrage budgétaire et à davantage de transparence dans la gestion des finances publiques.

Le débat budgétaire à l’Assemblée nationale a été marqué par une intervention particulièrement critique du président de la commission des Finances, Alphonse Mane Sambou. Face au ministre des Finances, le parlementaire a remis en question la sincérité des projections de déficit retenues dans le projet de loi de finances rectificative, estimant que les prévisions gouvernementales ne reflètent pas suffisamment la réalité de l’exécution budgétaire.

Pour étayer son argumentaire, il s’est notamment appuyé sur le faible niveau de décaissement des investissements à la fin du mois de septembre. Selon les chiffres évoqués, les décaissements sur ressources extérieures n’atteignent pas 500 milliards de francs CFA. La situation serait également préoccupante pour les investissements financés sur ressources internes.

Alphonse Mane Sambou a rappelé que le taux moyen d’absorption des crédits d’investissement s’établissait à 84,6 % au cours des trois dernières années, contre seulement 78 % en 2025. Pour lui, ces performances doivent nécessairement être prises en compte dans les projections de clôture de l’exercice budgétaire.

« Une lecture objective et réaliste de la situation d’exécution en fin septembre conduirait à réduire le niveau des crédits de paiement sur les investissements », a-t-il soutenu.

Un déficit qui pourrait être revu à la baisse

Le président de la commission des Finances estime qu’en retenant une hypothèse maximale d’absorption des crédits d’investissement de 80 % pour 2026, l’État pourrait réduire ses dépenses d’investissement d’environ 450 milliards de francs CFA.

Une telle révision permettrait, selon son analyse, de gagner entre 1,6 et 2 points de pourcentage sur le déficit projeté à 7,6 % dans le projet de loi de finances rectificative.

Cette approche pourrait ainsi ramener le déficit à un niveau proche de celui initialement retenu dans la loi de finances initiale de 2026 et ouvrir la voie à un nouveau cadrage budgétaire pour 2027, avec un objectif de déficit de 3 % du PIB.

Dans cette perspective, Alphonse Mane Sambou estime que la question du traitement de la dette pourrait perdre une partie de sa pertinence si le Sénégal parvient à respecter le critère de convergence de l’UEMOA relatif au déficit rapporté au PIB.

Le parlementaire a également vivement critiqué les indicateurs présentés au Fonds monétaire international (FMI), accusant le gouvernement d’avoir défendu des données qu’il juge « gonflées et fausses », notamment sur le déficit. Il a mis en garde contre une validation parlementaire de ces projections sans examen approfondi.

Des investissements sociaux sacrifiés ?

Au-delà des équilibres macroéconomiques, le président de la commission des Finances a surtout dénoncé les arbitrages opérés dans les dépenses publiques prioritaires.

Il a notamment pointé la réduction des crédits destinés aux grands transferts d’eau. Initialement dotés de 50 milliards de francs CFA dans la loi de finances initiale de 2026, ces investissements auraient été ramenés à 8 milliards dans les nouvelles prévisions budgétaires de 2027.

Une décision qu’il juge préoccupante au regard des besoins des populations. Ces projets devaient notamment contribuer à améliorer l’accès à l’eau potable à Touba et à renforcer la distribution dans les villes de Thiès, Mbour et Dakar.

Le secteur de la santé est également concerné par les coupes dénoncées. Alphonse Mane Sambou a évoqué la suppression des crédits de paiement de 60 milliards de francs CFA prévus pour la construction de 35 centres de santé.

Dans le domaine de l’éducation, il a déploré l’abandon du programme de résorption des abris provisoires. Celui-ci concernait notamment 46 écoles élémentaires, pour un montant de 9,7 milliards de francs CFA, ainsi que 46 collèges d’enseignement moyen (CEM), représentant 15,8 milliards de francs CFA en crédits de paiement.

Pour le parlementaire, ces suppressions interrogent directement la cohérence des priorités gouvernementales et la protection des dépenses sociales, pourtant présentées comme essentielles dans les engagements conclus avec le FMI.

L’Assemblée nationale réclame davantage de transparence

Autre point de friction soulevé par Alphonse Mane Sambou : le refus de transmettre à l’Assemblée nationale certains documents jugés essentiels à l’examen du projet de loi de finances.

Il a dénoncé la classification de ces pièces comme documents « scellés » et « secrets », estimant que cette restriction prive les députés d’informations nécessaires à l’exercice de leur mission de contrôle et à une meilleure compréhension des choix budgétaires.

Le président de la commission des Finances a également insisté sur la nécessité d’un meilleur encadrement des fonds et des crédits spéciaux.

Au terme de son intervention, il a réaffirmé la disponibilité de l’Assemblée nationale au dialogue avec le gouvernement, tout en posant une condition claire : une volonté réelle de revoir les orientations budgétaires dans l’intérêt des Sénégalais.

« Nous sommes ouverts, l’Assemblée reste entièrement ouverte, mais ne va pas accepter de voter des projets de loi sans qu’elle ne soit impliquée dans ce qui se passe », a-t-il averti.

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