Au lendemain du rejet de la loi de finances rectificative (LFR) 2026 par l’Assemblée nationale, l’ancien ministre de l’Économie, du Plan et de la Coopération, Abdourahmane Sarr, livre son analyse de la situation budgétaire du Sénégal. Dans une déclaration intitulée « Sincérité budgétaire, responsabilité et souveraineté », il appelle à une meilleure prise en compte de l’exécution réelle du budget, à la transparence dans la comptabilisation des dépenses publiques et à la définition d’une trajectoire financière crédible pour les prochaines années.
Le rejet de la loi de finances rectificative 2026 ouvre un nouveau chapitre dans le débat sur la gestion des finances publiques au Sénégal. Pour Abdourahmane Sarr, cette séquence parlementaire, loin de constituer une simple confrontation politique, traduit aussi les exigences d’une démocratie dans laquelle les institutions doivent pleinement jouer leur rôle.L’ancien ministre affirme d’ailleurs ne pas être surpris par l’issue des débats, compte tenu de la configuration politique actuelle et de la répartition des responsabilités entre le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko.Mais au-delà des considérations politiques, Abdourahmane Sarr estime que le Sénégal doit tirer les leçons des pratiques budgétaires des années précédentes.
Il appelle notamment à rompre avec toute forme d’opacité dans la gestion des finances publiques afin que le pays puisse maîtriser lui-même sa situation économique et financière, sans dépendre d’acteurs extérieurs pour en établir la réalité.La sincérité budgétaire au cœur des préoccupationsPour l’ancien ministre, la crédibilité de la politique économique du Sénégal repose avant tout sur la fiabilité des données budgétaires. Il rappelle, à ce titre, que le rapport macroéconomique publié par le ministère de l’Économie en mars 2026 avait proposé une trajectoire de consolidation budgétaire visant à ramener le déficit à 3 % du PIB en 2027.Cette perspective reposait sur la prise en compte des réalités économiques et des chocs déjà constatés au premier trimestre 2026.Abdourahmane Sarr insiste ainsi sur la nécessité de construire la LFR 2026 à partir de l’exécution effective du budget, en prenant notamment l’année 2025 comme référence pour apprécier le niveau des investissements publics.
Ayant participé aux discussions sur le cadrage macroéconomique du Sénégal avec les autorités nationales et les partenaires internationaux au cours des deux dernières années, il souligne l’importance d’une information budgétaire sincère pour préserver la crédibilité financière du pays.S’il reconnaît l’importance des données transmises au Fonds monétaire international (FMI), l’ancien ministre rappelle toutefois que cette institution ne représente pas les intérêts du peuple sénégalais. Selon lui, cette responsabilité incombe avant tout aux institutions nationales.1 218 milliards de FCFA à mobiliser en trois mois : un objectif difficilement réalisablePour étayer ses réserves sur les prévisions de la LFR 2026, Abdourahmane Sarr avance des chiffres relatifs à l’exécution des investissements publics.Selon les données qu’il cite, à fin septembre 2026, les investissements publics s’élevaient à 1 031 milliards de FCFA, contre 1 069 milliards de FCFA à la même période en 2025.
Or, pour atteindre les 2 249 milliards de FCFA prévus dans la loi de finances rectificative, l’État devrait encore exécuter 1 218 milliards de FCFA au cours du dernier trimestre de l’année.Un objectif que l’ancien ministre juge particulièrement difficile à atteindre, dans la mesure où le volume d’investissements à réaliser en trois mois serait supérieur à celui enregistré durant les neuf premiers mois de l’année.« Ce n’est pas possible ou il faudrait le démontrer », fait-il remarquer, mettant ainsi en doute le réalisme des prévisions retenues dans la LFR.À travers cette observation, Abdourahmane Sarr pose la question de la cohérence entre les ambitions affichées dans les documents budgétaires et les capacités réelles d’exécution de l’administration publique.Les subventions énergétiques également dans le viseurL’autre point de vigilance soulevé par l’ancien ministre concerne les subventions énergétiques.
Il estime que les obligations financières de l’État dans ce secteur doivent être intégralement comptabilisées, sans que les délais administratifs liés à l’ordonnancement des dépenses puissent justifier leur omission.Pour lui, l’exécutif doit prendre toutes les dispositions nécessaires afin de garantir la continuité du secteur énergétique. Il évoque notamment la possibilité de recourir à des décrets d’avance, lorsque les conditions légales sont réunies.Cette exigence de transparence dans la comptabilisation des engagements de l’État constitue, à ses yeux, une condition essentielle pour établir un niveau de déficit budgétaire conforme à la réalité.Un déficit inférieur à 5 % en 2026 pour retrouver les 3 % en 2027Malgré les difficultés budgétaires actuelles, Abdourahmane Sarr estime qu’une trajectoire de redressement reste envisageable.Il considère notamment qu’un déficit inférieur à 5 % du PIB, sur la base du PIB rebasé en 2026, paraît désormais accessible.
Une telle performance faciliterait, selon lui, le retour à un déficit de 3 % en 2027, conformément aux engagements et aux orientations précédemment retenus.Au-delà des équilibres budgétaires nationaux, cette trajectoire aurait également des implications sur la stabilité financière régionale. L’ancien ministre estime qu’une meilleure crédibilité des finances publiques contribuerait au renforcement de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) et améliorerait les capacités du Sénégal à se refinancer sur le marché régional, sans recourir à une restructuration de sa dette.
Un appel à dépasser les clivages politiquesEn définitive, le message d’Abdourahmane Sarr se veut un plaidoyer pour une gestion des finances publiques fondée sur la transparence, la responsabilité et la souveraineté économique.Pour lui, la sincérité budgétaire ne doit être ni une question de personnes ni un instrument de confrontation entre majorité et opposition. Elle constitue plutôt un impératif pour restaurer la confiance des citoyens, rassurer les investisseurs et préserver la crédibilité du Sénégal auprès de ses partenaires financiers.
À travers cette prise de position, l’ancien ministre remet au centre du débat une question fondamentale : au-delà des divergences politiques, le Sénégal peut-il construire sa politique économique sur des chiffres incontestables et une trajectoire budgétaire réellement soutenable ?Une interrogation qui dépasse le seul rejet de la LFR 2026 et renvoie à un enjeu majeur pour les autorités : faire de la transparence et de la maîtrise des finances publiques les fondements d’une véritable souveraineté économique.

